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11.01.2007
Chronique de Philippe Randa
Chronique hebdomadaire de Philippe Randa, écrivain
(www.philipperanda.com ) et éditeur (www.dualpha.com )
Salauds de travailleurs !
« Les gens ne veulent pas de travail, ils veulent de l’argent ! » : ce
constat n’échappe plus à personne. La réduction du temps de travail est
devenue l’obsession d’une grande partie des citoyens, car on les a
convaincus lentement, mais sûrement, que leur emploi était aliénant,
forcément aliénant. La preuve : un siècle durant – le siècle dernier –
on a eu de cesse de réduire les heures de labeur ; qu’on en juge :
– Loi de 1906 instituant la semaine de six jours (jour de repos
hebdomadaire) ;
– Loi de 1919 instituant la semaine de 48 heures et la journée de 8
heures ;
– Loi de 1936 instituant la semaine de 40 heures ;
– Loi de 1982 instituant la semaine de 39 heures ;
– Lois de 1986 et 1987 introduisant la possibilité de déroger par
accord de branche, puis d’entreprises à certaines dispositions
légales ;
– Lois de 1992 et 1993 incitant à la réduction du temps de travail et
au développement du temps partiel ;
– Accords interprofessionnels de 1995 organisant la répartition du
temps de travail sur l’année ;
– Loi de Robien de 1996 offrant des allègements de charges patronales
en contrepartie de réduction du temps de travail ;
– Lois Aubry du 13 juin 1998 et du 19 janvier 2000 instituant la
semaine de 35 heures ;
Ces dernières « Lois Aubry » ont eu, plus que les autres encore, un
effet pervers : elles étaient devenues un véritable tabou. Quiconque
tentait une critique était couvert d’opprobre citoyenne. Pensez, un tel
acquis social… Il n’y a vraiment que la « France d’en bas » qui ne
comprend décidément rien à rien pour avoir sanctionné électoralement en
2002 une gauche si généreuse en lui reprochant d’avoir supprimé des
heures supplémentaires qui permettaient de mettre quelque beurre dans
les épinards quotidiens.
Et encore cette France-là n’avait-elle pas comprise alors qu’outre
cette perte, cette loi d’apprentis démagogues, allait aussi bloquer les
salaires. Ils le sont toujours !
Puis, certains, moins couards que d’autres ou plus inconscients, ont
susurré qu’il serait bon d’en aménager les contraintes, pour permettre
aux entreprises françaises de faire face à la concurrence étrangère.
Cela a été fait, timidement, presqu’en s’excusant, sous le quinquennat
chiraquien, mais dans l’urgence de ralentir quelques imminents dépôts
de bilan et laisser le temps aux patrons qui en ont encore les moyens
de délocaliser leur entreprise avant son prévisible dépôt de bilan : ce
fut la loi du 17 janvier 2003 flexibilisant largement le temps de
travail sans revenir formellement sur le principe des 35 heures.
Aujourd’hui, tandis que Jean-Marie Le Pen déclare tout de go qu’il est
nécessaire d’abroger cette loi débile et de renégocier branche par
branche, la durée et la modalité du temps de travail en fonction des
impératifs de chaque secteur et de chaque profession, les deux autres
principaux candidats à la prochaine élection présidentielle, Nicolas
Sarkosy et Ségolène Royal, émettent désormais à leur tour quelques
réserves sur ces Lois restrictives de travail hebdomadaire.
Le tabou fait donc long feu et l’on peut espérer que l’avenir fasse
rendre gorge à la calamiteuse rengaine du « travail aliénant ».
Une anecdote en dit long à ce sujet : les sénateurs ayant maintenu dans
la nuit du samedi 6 au dimanche 8 janvier dernier la création d’une
taxe sur la distribution de textile pour financer les organismes
recyclant les vêtements, un journaliste interrogeait une femme
concernée par la question.
Divorcée, sans emploi, avec trois enfants à charge, elle s’était
retrouvée en foyer avant d’être salarié par Emmaüs grâce à cette taxe.
Elle avait ainsi pu remonter la pente. Aujourd’hui, elle explique que
sa fille de quinze ans lui a dernièrement déclaré que, plus tard, elle
ambitionnait de travailler à son tour pour les entrepôts Emmaüs car « …
depuis que j’y suis employée, elle me voit tellement heureuse et
épanouie ! »
À croire qu’il n’y a que ceux qui, un jour, ont tout perdu pour
reconnaître encore quelques vertus au travail…
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